L’histoire des anges
La chute des anges et ses conséquences pour l’humanité

L’histoire des anges
La chute des anges et ses conséquences pour
l’humanité - Causes et effets



Note du traducteur

Le contenu de la présente publication est une adaptation de textes tirés du
livre de Marie de Jésus d’Agréda « La Cité mystique de Dieu » ou « Vie de la
très sainte Vierge Marie » , traduit de l’espagnol par le P. Croset (7 vol.,
Paris, 1862, éditions Bossuet). Il s’agit de révélations divines que Marie
d’Agréda, religieuse espagnole, a reçues dans la seconde moitié du 17. siècle.
Le choix et l’agencement desdits textes provient d’une brochure intitulée
« Die Geschichte der Engel », éditée en 2004 (en allemand) par Monsieur
Lukas Wagner, Utting, Allemagne.




1ère édition française
Traduction : Claire Acéti, Munich



München 2005

Avant-propos
Les textes publiés ici sont particulièrement appropriés pour
nous faire comprendre quel est le sens véritable et le but réel de
la vie humaine, et ils n’ont en rien perdu de leur actualité. On y
apprend comment et pourquoi a eu lieu la chute de celui qui fut
le prince de tous les anges, Lucifer, et de sa suite.
Les hommes sont destinés, s’ils surmontent leurs épreuves, à
prendre au ciel les places vides que les mauvais anges ont
perdues à jamais. Mais depuis l’aube des temps, Satan, par
esprit de vengeance contre Dieu et par jalousie vis-à-vis des
hommes, cherche de toutes ses forces à empêcher la réalisation
du plan divin. C’est là la raison du combat sans merci que
Satan mène contre Dieu et l’humanité toute entière et dont nous
ressentons les conséquences aujourd’hui encore, jour après jour.
Malheureusement, certains ne veulent pas reconnaître que
Satan, avec l’accord et la complicité des hommes, est la source
des malheurs qui frappent le monde. Etant le plus grand
ennemi de Dieu et des hommes, il a même réussi à imposer
l’idée que le diable et Dieu lui-même n’existent pas en tant que
personnes, qu’il n’existe pas d’enfer, dont les hommes auraient
raison d’avoir peur, et que ces notions n’ont qu’une
signification purement symbolique .
Mais il y a danger à ne pas prendre garde à un ennemi que
l’on méconnaît.
Par suite de la perte de la foi, de l’indifférence à l’égard de la
religion et du non-respect des commandements divins, les
hommes ont donné à Satan une emprise grandissante sur leurs
pensées et leurs actes, et nous pouvons constater que les
conséquences de cette emprise sont de plus en plus graves.
Les efforts déployés par les hommes pour établir la paix et créer
un monde plus juste, qui garantirait les conditions d’une vie
sociale harmonieuse, ont échoué. Il serait donc temps de
réaliser que de tels efforts sont condamnés tant que Dieu ne
sera pas reconnu et que ses commandements resteront lettre
morte.
Dieu a toujours su dispenser aux hommes ses avertissements et
ses grâces, afin de leur permettre de trouver le droit chemin et
de leur éviter de nombreuses souffrances. Il n’y a pas de doute
que les révélations divines évoquées ci-dessus en font partie.
Ces révélations dévoilent notamment les causes et effets de
l’influence satanique dans le monde. Les plans et intentions les
plus secrets du Diable et de ses acolytes y sont mis à jour et
publiés noir sur blanc, contre leur intention de laisser les
hommes dans l’ignorance pour toujours à cet égard.
Il est aussi révélé comment il a été possible que d’innombrables
communautés religieuses et sectes les plus variées se
développent dès les débuts du christianisme jusqu’à nos jours,
dont chacune affirme détenir seule la vérité. Mais il est évident
que les vérités les plus diverses ne peuvent coexister sans se
contredire réciproquement.
Satan voulut empêcher à toute force que les hommes, où qu’ils
soient, aient connaissance de ses manigances destinées à semer
la confusion parmi eux, à les tromper et à les détruire. Sous son
influence, une polémique s’engagea au sein de l’Eglise sur
l’opportunité de reconnaître lesdites révélations comme
authentiques, qui dura plus de deux cents ans, après quoi
l’Eglise autorisa finalement la publication des révélations faites
à Sœur Marie d’Agreda. C’est pourquoi leur contenu est resté
inconnu du grand public jusqu’à aujourd’hui, ce qui a contribué
à ce que la folie de l’athéisme et de l’agnosticisme se répande de
plus en plus.
Il existe peu de livres qui décrivent aussi bien et aussi
clairement la façon dont Satan et son engeance poursuivent
l’humanité toute entière de leur haine et de leur jalousie. Aussi
cet ouvrage célèbre garde-t-il une importance particulière pour
notre temps et il est juste de le faire connaître au public le plus
large possible.
Enfin, il y a lieu de souligner que tous les efforts déployés dans
le domaine œcuménique ne pourront pas fructifier tant que le
rôle de la Sainte-Vierge, en tant qu’avocate et dispensatrice des
grâces divines, n’aura pas été reconnu et accepté.
L.W. L’an 2004


Table des matières

1. La création des anges et leur mise à l’épreuve 10
2. Lucifer tomba alors dans un amour très déréglé de lui-
même 11
3. Les oeuvres de Dieu sont caractérisées par l'équité, le
poids et la mesure. 12
4. En second lieu, Dieu manifesta aux anges 13
5. Mais Lucifer y résista par orgueil et par envie 13
6. Il convient d’évoquer ici un autre mystère. 14
7. Cette présomption exagérée provoqua la colère du
Seigneur. 15
8. Interprétation du chapitre 12 de l'Apocalypse. 16
9. Et ce fut comme si Dieu disait aux anges : 16
10. Puis un autre signe apparut dans le ciel 17
11. Les dix cornes 18
12. « Le dragon s’arrêta devant la Femme 18
13. Suite de l'interprétation du douzième chapitre de
l'Apocalypse. 19
14. Il est Dieu, le Très-Haut, Roi de toutes les créatures. 19
15. Saint Michel et ses anges se servirent de ces paroles
comme d’armes invincibles. 20
16. Mais Saint Michel répliqua : « Qui est l’égal de Dieu,
qui peut se comparer au Seigneur des cieux? 21
17. C’est ainsi que se manifestèrent à nouveau la
puissance et la justice divines. 21
18. Ainsi le grand dragon fut précipité sur la terre 22
19. Le ciel fut ainsi purgé des mauvais anges 23
20. Interprétation du douzième chapitre de l'Apocalypse
(fin). 23
21. Adam et Ève sont chassés du paradis. 26
22. L’ignorance de Lucifer 27
23. Considérant le précepte qu'Adam et Ève avaient reçu, 28
24. Quand Lucifer vit leur chute 29
25. Au moment où s’opéra le mystère de l’incarnation du
Verbe divin 29
26. J’ai observé et persécuté toutes les femmes vertueuses
et parfaites appartenant à la race de l'ennemie
implacable 31
27. Les démons délibérèrent ensuite des moyens qu'ils
prendraient pour persécuter la très chaste Vierge
Marie, 32
28. Lucifer cherche à contrer l’œuvre divine de la
rédemption. 33
29. Je savais que je devais à Dieu cet honneur, 34
30. A cause de cela, ma confusion en est à son paroxysme, 36
31. C'est seulement contre cette femme (Marie), notre
ennemie, que j'ai une haine mortelle, 37
32. Conciliabule de Lucifer avec ses démons en enfer
après la mort de notre Seigneur Jésus-Christ 38
33. Dès la création du premier homme, j’ai cherché
infatigablement à détruire l’Homme-Dieu et sa Mère, 39
34. O hommes si favorisés du Dieu que j'abhorre 40
35. Comme elle est grande la puissance de l’Homme-Dieu, 41
36. Ils convinrent tous qu'il n'était pas possible de
s'attaquer à la personne du Christ, 42
37. « Les hommes disposent maintenant d’une nouvelle
doctrine, 42
38. D'autres démons promirent de pervertir les
inclinations des enfants dès leur berceau et même dès
leur conception, 43
39. Il faut aussi que nous travaillions à leur ôter la piété et
le goût de tout ce qui est spirituel et divin, 44
40. Il n'est pas possible d'exposer tout 45
41. Mais, hélas! Faut-il que les hommes d’aujourd’hui
aient perdu, pour leur plus grand mal, le souvenir de
ces vérités si importantes ! 46
42. Les saintes Écritures et les écrits des pieux docteurs 46
43. Pour tirer de ce funeste sommeil ceux qui liront cette
histoire, 47
44. Mais comme notre ennemi est un esprit intelligent, qui
ne se lasse jamais dans ses opérations, 48
45. Aussitôt que les démons perçoivent le fait de la
conception naturelle d’un enfant, 49
46. Le Très-Haut a garanti aux hommes de diverses
manières sa protection pour les défendre contre cette
méchanceté du dragon. 49
47. En plus de cette providence générale, nous jouissons
de la protection particulière des saints anges. 50
48. Ils s’efforcent de les accoutumer dès leur enfance à
toutes sortes d’actes vicieux, en leur faisant entendre
et voir des choses qui portent au mal et en incitant les
parents à négliger les précautions nécessaires pour
préserver leurs enfants en leur jeune âge. 51
49. Les soins que prennent les saints anges d’écarter de
nous tous ces dangers et de nous défendre du démon
ne sont pas moins grands. 51
50. De leur côté, les anges allèguent les vertus des parents
et des ancêtres des enfants, 52
51. Quand l'homme est parvenu au plein usage de la
raison, le combat entre les anges et les démons
augmente encore d’intensité. 52
52. Les anges ne cessent de nous venir en aide par ce
qu’ils nous inspirent ou par leurs mises en garde. 53
53. Cette protection du Très-Haut éclata en la conversion
de saint Paul. 54
54. En cette occasion, Lucifer et ses suppôts sentirent la
force invincible de la toute-puissance divine. 55
55. Qu'est-ce qu'a fait Saul pour mériter un bonheur si
extraordinaire? 56
56. Enseignement de la Reine du ciel 58


1. La création des anges et leur mise à l’épreuve
Les anges furent créés au ciel en état de grâce, afin de mériter
par elle la gloire qui leur était préparée. Car, bien qu'ils fussent
dans le lieu de grâce, la Divinité ne leur avait pas été
découverte face à face et avec une claire connaissance, jusqu'à
ce que ceux qui furent obéissants à la divine volonté l'eurent
mérité par la grâce. Ces anges bienheureux ainsi que les anges
apostats ne demeurèrent que très peu de temps dans cette
phase d’épreuve car leur création, leur mise à l’épreuve et la
sentence eurent lieu en l’espace de trois instants. Dans le
premier instant, ils furent tous créés et dotés de la grâce et des
dons du Saint-Esprit, devenant alors des créatures de toute
beauté et de grande perfection. Puis succéda un intervalle dans
lequel ils furent informés de la volonté de leur Créateur; il leur
fut imposé une loi et le précepte de reconnaître leur Créateur
pour leur souverain Seigneur, et de satisfaire ainsi à la fin pour
laquelle Il les avait créés. Dans cet intervalle eut lieu cette
fameuse bataille où saint Michel et ses anges combattirent le
dragon et sa suite; les bons anges persévérant en la grâce
méritèrent la félicité éternelle, tandis que les désobéissants, qui
s’étaient révoltés contre Dieu, méritèrent le châtiment éternel.
Je (Marie d’Agreda) voulus savoir le motif que Lucifer et ses
acolytes avaient eu de désobéir et de chuter. J'appris qu'ils
pouvaient commettre de nombreux péchés selon la volonté,
bien qu'ils ne les commirent pas tous en actes; mais ceux qu'ils
commirent par leur volonté dépravée générèrent en eux une
tendance aux mauvais actes, qui les porte à entraîner les autres
à commettre les péchés qu'ils ne peuvent pas commettre eux-
mêmes et à s’en réjouir.
2. Lucifer tomba alors dans un amour très déréglé
de lui-même
qui lui valut de se voir avec de plus grands dons de grâce et
avec une beauté plus parfaite de nature que les autres anges. Il
s’arrêta trop dans cette connaissance et la complaisance qu'il eut
de lui-même le retarda et l'attiédit en la reconnaissance qu'il
devait à Dieu, comme l'unique cause de tout ce qu'il avait reçu.
Et, contemplant à nouveau sa propre beauté et ses propres dons
avec complaisance, il se les attribua et les aima comme siens;
cette amour-propre désordonné eu pour conséquence non
seulement qu’il fut incapable de s’élever au-dessus de lui-
même, comme il y était appelé, mais l’amena aussi à envier les
autres et à désirer les dons et avantages qu'il n'avait pas. Et
parce qu'il ne put les obtenir, il conçut une indignation et une
haine implacables contre Dieu, qui l'avait tiré du néant, et
contre toutes ses créatures.
C’est de là que proviennent la désobéissance, la présomption,
l'injustice, l'infidélité, le blasphème et même une espèce
d'idolâtrie, car Lucifer désira pour soi l'adoration et l'honneur
qu'on doit à Dieu. Il blasphéma contre sa divine grandeur et sa
sainteté, il perdit la foi et la fidélité qu'il Lui devait, il prétendit
détruire toutes les créatures et se vanta de pouvoir venir à bout
de tout cela et d’autres choses encore. Ainsi son orgueil crût,
mais sa témérité était plus grande que son pouvoir, qu'il ne
pouvait accroître. En matière de péché, un abîme en attire un
autre. Lucifer fut le premier ange qui pécha, comme rapporté
dans le chapitre 14 d'Isaïe, et il persuada les autres de le suivre.
C'est pour cela qu'on l'appelle prince des démons; non pas sa
nature, mais seulement son péché pouvait lui procurer ce titre.
Les mauvais anges ne sont pas tous issus de la même
hiérarchie : de chaque légion tombèrent des anges en grand
nombre.
3. Les oeuvres de Dieu sont caractérisées par
l'équité, le poids et la mesure.
Aussi, sa providence détermina-t-elle, avant que les anges
pussent tendre à des fins diverses, de leur manifester
immédiatement après leur création la fin pour laquelle ils
avaient été créés et dotés d’une nature si élevée et si parfaite.
Dieu les éclaira de la manière suivante : ils eurent tout d’abord
une très claire connaissance de Dieu, un en substance et trois en
personnes, et ils reçurent le précepte de L'adorer et de
L'honorer comme leur Créateur et leur Maître souverain, infini
en son être et en ses attributs. Ils se soumirent et obéirent tous à
ce précepte, mais avec quelques distinctions. Les bons anges
obéirent par amour et par justice, se soumettant d'une volonté
affectueuse, admettant et croyant ce qui était au-dessus de leurs
forces et obéissant avec joie. Lucifer, lui, ne se soumit que parce
qu'il estima impossible de faire autrement. Il ne le fit pas avec
un parfait amour parce qu'il partagea sa volonté entre lui-même
et la vérité infaillible du Seigneur; cela lui rendit en quelque
sorte difficile et pénible de suivre ce précepte et fit qu'il ne
l'accomplit pas par pur amour et sens de la justice. Ainsi il se
disposa à la désobéissance. Et bien que cette tiédeur et cette
réserve avec laquelle il opéra ces premiers actes ne l’eussent pas
privé de la grâce, sa mauvaise disposition commença pourtant
de là. Sa vertu et son esprit en furent ralentis et affaiblis et sa
beauté même perdit de son éclat. Il se mit à accomplir le
commandement de Dieu avec relâchement et imparfaitement,
et c'est ce qui le disposa à chuter.
4. En second lieu, Dieu manifesta aux anges
qu'Il voulait créer des créatures raisonnables d’une nature
inférieure (humaine), qui, elles aussi, devraient L'aimer, Le
craindre et L'honorer comme leur créateur et leur bien éternel.
Il avait l’intention de favoriser beaucoup cette nature; la
seconde personne de la très sainte Trinité devait s'incarner, se
faire homme, et élever la nature humaine à l'union
hypostatique avec la personne divine. Les anges devraient
reconnaître l’Homme-Dieu à naître pour leur Souverain,
l’honorer et l’adorer, non-seulement en tant que Dieu mais
aussi en tant qu'homme. Lui étant inférieurs en grâces et en
dignité, ils devaient le servir. Dieu leur fit comprendre
combien cette soumission était juste, équitable et raisonnable. Il
leur fit aussi connaître qu'ils avaient été créés, ainsi que toutes
les autres créatures, pour la gloire de l’Homme-Dieu, Roi de
tous les êtres. Toutes les créatures douées de la raison et
capables de connaître Dieu et de jouir de Lui, devaient former
son peuple et reconnaître et honorer l’Homme-Dieu comme
leur chef. Ensuite, les anges reçurent le commandement de se
soumettre à tout cela. Les bons anges se soumirent
immédiatement à ce précepte et y consentirent de toute leur
volonté avec une humble et amoureuse dévotion.
5. Mais Lucifer y résista par orgueil et par envie
et incita ses acolytes à faire de même; ce qu'ils firent en effet en
désobéissant au divin commandement. Lucifer leur promit
d’être leur chef et d’instaurer une principauté indépendante
contre le Christ. L'envie, l'orgueil et l’avidité désordonnée
provoquèrent un tel aveuglement chez cet ange, qu'il fut
capable de communiquer la contagion du péché à beaucoup
d'autres anges. C’est alors qu’eut lieu au ciel cette grande
bataille dont parle saint Jean. Les anges fidèles furent animés
d'un ardent zèle de défendre la gloire du Très-Haut et
l'honneur du Verbe incarné, dont ils avaient eu la vision. Ils
demandèrent l’autorisation du Seigneur pour combattre le
dragon, et cette permission leur fut accordée.
6. Il convient d’évoquer ici un autre mystère.
Quand il fut demandé à tous les anges d'obéir au Verbe incarné,
il leur fut fait un troisième commandement de prendre pour
souveraine la femme dans le sein de laquelle le Fils unique du
Père prendrait chair humaine; cette femme devait être leur
Reine et la Maîtresse de toutes les créatures humaines, car elle
surpasserait en dons de grâce et de gloire toutes les créatures
angéliques et humaines. Les bons anges, obéissant à ce précepte
du Seigneur, reçurent ces mystères et louèrent le pouvoir du
Très-Haut en toute humilité. Mais Lucifer et ses suppôts en
conçurent encore plus d'orgueil et de présomption. Dans une
colère effrénée, Lucifer revendiqua pour soi l'honneur de
devenir le chef de tous les anges et de tout le genre humain et
que, si cela n’était possible que par le moyen de l'union
hypostatique, elle s’appliquât à lui. En raison de la nature
inférieure de la Mère du Verbe incarné, il résista en proférant
d'horribles blasphèmes et, se tournant dans une colère farouche
contre l'auteur de ces merveilles, il provoqua les autres et leur
dit : « Ces préceptes sont injustes et font injure à ma grandeur ».
Et s'adressant à Dieu, il ajouta : « Je persécuterai et détruirai
cette nature que vous regardez avec tant d'amour et à qui vous
destinez de si grandes faveurs. J'emploierai pour cela tout mon
pouvoir et toute ma ruse. Je ferai tomber cette femme, la Mère
du Verbe incarné, de la hauteur à laquelle vous entendez
l’élever et j’anéantirai vos desseins. »
7. Cette présomption exagérée provoqua la colère
du Seigneur.
Voulant humilier Lucifer, Il lui dit : « Cette femme que tu n'as
pas voulu honorer, t'écrasera la tête, et tu seras par elle vaincu
et abattu. Et si la mort doit entrer dans le monde par ton
orgueil, la vie et le salut des mortels y entreront par l'humilité
de cette femme; ce sont les hommes qui jouiront des
récompenses et des couronnes que toi et tes suppôts vous avez
perdues. » Lucifer s’indigna dans son orgueil effréné contre
tout ce qu’il avait compris de la divine volonté et de ses
décrets, menaçant tout le genre humain. Les bons anges
reconnurent le juste courroux du Très-Haut contre Lucifer et les
autres anges apostats et ils combattirent contre eux avec les
armes de la raison, de la justice et de la vérité.
Puis, le Tout-Puissant opéra un autre merveilleux mystère.
Après avoir révélé par illumination à tous les anges le grand
ouvrage de l'union hypostatique, Il leur donna une vision de la
très-sainte Vierge. Ainsi Il leur fit connaître et leur représenta la
pure nature humaine en la personne d’une femme parfaite, en
laquelle la puissance du Très-Haut devait se manifester d’une
façon plus admirable qu'en tout le reste des créatures, parce
qu'Il déposerait en elle toutes les grâces et tous les dons de sa
droite à un degré éminent et inimitable. Ce signe de la Reine du
ciel et Mère du Verbe incarné fut manifesté à tous les anges,
bons et mauvais. Les bons furent ravis d'admiration à sa vue et
lui offrirent des cantiques de louanges et, dès lors, ils
commencèrent à défendre l’honneur de Dieu fait homme et de
sa très sainte Mère, armés par un zèle ardent et par le bouclier
insurmontable de ce signe. Le dragon et ses alliés, au contraire,
conçurent une fureur et une rage implacables contre Jésus-
Christ et sa très sainte Mère, de sorte qu’il arriva tout ce qui est
contenu au chapitre 12 de l'Apocalypse.
8. Interprétation du chapitre 12 de l'Apocalypse.
Alors il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses anges
combattirent le Dragon. Et ce dernier riposta avec ses anges,
mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. L’énorme
dragon, l’antique serpent, celui qu’on appelle le Diable ou
Satan, le séducteur du monde entier fut donc précipité sur la
terre et ses anges avec lui.
L’Evangéliste rapporte : « Un signe grandiose apparut au ciel :
une Femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds et sur sa
tête une couronne de douze étoiles. » Ce signe est
véritablement apparu au ciel par la volonté de Dieu, qui l’a
manifesté aux bons et aux mauvais anges, afin qu'ils se
déterminent à obéir à ce qu'Il lui plairait de leur ordonner. Ce
signe leur montra combien Dieu voulait rendre admirable la
nature humaine qu’Il allait former. Et quoiqu'Il en eût donné
connaissance aux anges en leur révélant le mystère de l'union
hypostatique, Il voulut néanmoins la leur manifester d’une
autre manière, dans une créature purement humaine, la plus
parfaite et la plus sainte qu'Il devait créer après notre Seigneur
Jésus-Christ.
9. Et ce fut comme si Dieu disait aux anges :
« Je ne châtierai pas de la sorte les hommes que je dois créer,
parce que la nature humaine produira cette Femme, en laquelle
mon Fils unique prendra chair pour rétablir mon amitié, apaiser
ma justice, et ouvrir le chemin de la félicité, que le péché
fermera. »
Dieu fit entendre aux anges bienheureux qu'Il donnerait aux
hommes, par le moyen de Jésus-Christ et de sa Mère, la grâce et
les avantages que les anges apostats avaient perdus par leur
rébellion. Les anges confirmés découvrirent aussi en cette
vision plusieurs mystères et secrets de l'incarnation, de l'Église
militante et de ses membres et qu'ils devaient aider le genre
humain à se défendre contre leurs ennemis, tout en les dirigeant
vers la félicité éternelle.
10. Puis un autre signe apparut dans le ciel
Un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque
tête surmontée d’un diadème. Sa queue balaya le tiers des
étoiles du ciel et les précipita sur la terre. Après avoir vomi des
blasphèmes contre la Femme représentée dans le signe, Lucifer
se trouva changé, de très bel ange qu'il était, en un furieux et
horrible dragon, de sorte que son apparence extérieure
constitua un signe sensible. Il souleva avec fureur sept têtes, les
sept cohortes formant sa suite, donnant un chef à chacune
d’elles, leur ordonnant de pécher et d’inciter autrui à
commettre les sept péchés mortels qu'on appelle communément
capitaux, parce qu'ils contiennent tous les autres péchés et sont
comme des chefs de partis qui s'élèvent contre Dieu : l'orgueil,
l'envie, l'avarice, l'ire, la luxure, la gourmandise et la paresse. Ils
sont symbolisés par les sept diadèmes avec lesquels Lucifer fut
couronné après avoir été transformé en dragon. Le Très-Haut
lui-même les avait forgés dans son courroux, comme châtiment
que Lucifer et ses alliés avaient mérité par leurs horribles
méchancetés. Ils reçurent tous leur punition personnelle
proportionnée à leur malice, comme auteurs des sept péchés
capitaux.
11. Les dix cornes
sont les triomphes de l'iniquité et de la malice du Dragon, de
l'orgueil et de l'exaltation vaine et téméraire qu'il s'attribue dans
l'exécution des vices. Animé de ces mauvais sentiments et pour
arriver à ses fins orgueilleuses, il offrit aux anges déchus son
amitié perverse et corrompue, ainsi que des principautés et des
récompenses imaginaires. Ces promesses remplies d'ignorance
grossière et de tromperie démoniaque constituèrent la queue
par laquelle le dragon balaya le tiers des étoiles du ciel. Les
anges étaient comme des étoiles lumineuses et, s’ils avaient
persévéré, ils auraient brillé comme le soleil pour l'éternité avec
les autres anges et les justes. Mais le châtiment qu'ils avaient
justement mérité les précipita sur la terre et même, pour leur
malheur, jusqu’en son centre, qui est l'enfer, où ils sont
éternellement privés de joie et de lumière.
12. « Le dragon s’arrêta devant la Femme
qui allait enfanter pour dévorer son fils, aussitôt né. » L'orgueil
de Lucifer était si démesuré qu'il prétendit placer son trône au
lieu le plus élevé du ciel. En présence de la Femme
susmentionnée, il dit avec grande vanité : « Ce fils que cette
Femme doit enfanter est d'une nature inférieure à la mienne :
c'est pourquoi je le dévorerai et je le perdrai. Je formerai un
parti contre lui, dont je serai le chef, et je sèmerai des doctrines
contraires aux lois qu'il prescrira. Je serai toujours son ennemi
et lui ferai une guerre perpétuelle. »
La Femme, Marie, est l'unique entre toutes, sans égale.
Quoiqu'elle fût fille d’Adam, elle surpassa néanmoins tous les
anges en grâces, en dons et en mérites.
13. Suite de l'interprétation du douzième chapitre
de l'Apocalypse.
« Alors, il y eut une grande bataille dans le ciel : Michel et ses
anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta avec sa
suite. » Le Seigneur ayant manifesté ce qui a été dit aux bons et
aux mauvais anges, Saint Michel et les siens commencèrent,
avec la permission divine, à lutter contre le Dragon et ses
suppôts. Cette bataille fut admirable, parce qu'ils combattirent
avec leur entendement et leur volonté. Saint Michel, avec le zèle
de la gloire de Dieu dont son cœur était enflammé, avec la
puissance reçue de Dieu et par sa propre humilité, résista à
l’orgueil insolent du Dragon et lui dit : « Le Très-Haut est digne
d'honneur, de louange et de respect, d'être aimé, craint et obéi
de toutes les créatures. Il peut opérer tout ce qui lui plait, il ne
peut rien vouloir qui ne soit très juste. Lui seul est incréé et
indépendant de tout autre être. C’est Lui qui nous a donné
gratuitement tout ce que nous avons, en nous créant et nous
tirant du néant. Il peut former d'autres créatures selon son bon
plaisir. Il est donc juste que nous nous prosternions devant son
divin trône et que nous adorions sa divine majesté et sa
grandeur digne d'un infini respect. Venez donc, vous les Anges!
Suivez-moi, adorons-Le, louons ses secrets et admirables
jugements et ses oeuvres parfaites.
14. Il est Dieu, le Très-Haut, Roi de toutes les
créatures.
Il ne le serait pas si nous pouvions pénétrer et comprendre ses
œuvres merveilleuses. Il est infini en sagesse et en bonté, riche
en ses trésors et en ses bienfaits. Il peut, comme Seigneur de
toutes choses, qui n'a besoin de personne, les communiquer à
qui lui plaira, ne pouvant se tromper en son choix. Il peut aimer
qui lui plaira, créer, élever et enrichir selon son bon vouloir. En
toutes ses œuvres, Il sera toujours le Sage, le Saint et le Tout-
Puissant. Adorons-Le donc avec la plus profonde gratitude
pour la grande œuvre de l'incarnation qu'Il a résolue, pour les
faveurs qu'Il a décidé de faire à son peuple élu, et aussi pour le
salut de ce dernier en cas de chute. Honorons et adorons Celui
dont nous avons eu la vision, qui possède les deux natures, la
divine et l'humaine. Prenons-Le pour notre chef et
reconnaissons qu'Il est digne de toute gloire, louange et
magnificence. Proclamons qu’Il est le Fort, le Puissant, Dieu
lui-même. »
15. Saint Michel et ses anges se servirent de ces
paroles comme d’armes invincibles.
Elles eurent l’effet de la foudre et des éclairs. Les anges
combattirent le Dragon et sa suite, qui ripostaient par des
blasphèmes. Car ne pouvant résister à la vue de ce prince
céleste, il enrageait dans sa fureur et, à cause du tourment qu'il
ressentait, il aurait bien voulu fuir. Mais la volonté divine
ordonna que non seulement il serait puni, mais aussi vaincu, et
qu'il connaîtrait la vérité et le pouvoir de Dieu de gré ou de
force. Malgré cela, il continuait de blasphémer : « Dieu est
injuste d'élever la nature humaine au-dessus de notre nature
angélique. Je suis le plus beau et le plus noble de tous les anges
et c'est pour cela que le triomphe et les honneurs me sont dus.
Je mettrai mon trône au-dessus des étoiles, je serai semblable au
Très-Haut et je ne me soumettrai à personne qui soit d'une
nature inférieure à la mienne ni ne consentirai jamais à ce que
personne ne passe avant moi ou se fasse plus grand que moi. »
Les anges apostats répétèrent ce discours en écho.
16. Mais Saint Michel répliqua : « Qui est l’égal de
Dieu, qui peut se comparer au Seigneur des
cieux?
Tais-toi, ennemi de tout bien, arrête tes horribles blasphèmes !
Va-t-en loin de nous, malheureux, puisque tu es possédé par
l'iniquité, et disparais avec ton aveuglement d’ignorant et ta
méchanceté dans la nuit ténébreuse et le chaos des châtiments
infernaux ! Et nous, O esprits du Seigneur, adorons et honorons
cette heureuse Femme qui doit donner sa nature humaine au
Verbe éternel et reconnaissons-la pour notre Reine et
Maîtresse.»
Ce grand signe de la Reine des cieux servit de bouclier et de
glaive aux bons anges qui combattaient contre les mauvais, car,
à sa vue, les arguments de Lucifer perdirent leurs forces. Il fut
troublé et incapable de réagir, ne pouvant supporter les vérités
mystérieuses qui étaient représentées dans ce signe. Et, comme
la puissance divine avait fait apparaître ce signe mystérieux, sa
Majesté voulut que l'autre signe, celui du dragon rouge feu,
apparût aussi et que Lucifer fût, sous cette forme,
honteusement jeté hors du ciel, au grand dam et grand effroi de
ses complices et à l’émerveillement des anges confirmés.
17. C’est ainsi que se manifestèrent à nouveau la
puissance et la justice divines.
Il est difficile d'exprimer en paroles ce qui se passa dans cette
mémorable bataille, à cause de l’écart immense qui existe entre
notre entendement humain et les actions élevées de ces nobles
esprits angéliques. Mais les mauvais ne furent pas les plus forts,
parce que l'injustice, le mensonge, l'ignorance et la malice ne
sauraient prévaloir sur l'équité, la vérité, la lumière et la bonté,
et parce que les vices ne peuvent venir à bout de ces vertus.
C’est pourquoi Saint Jean dit que les anges ingrats ne purent se
maintenir au ciel et se rendirent indignes, par les péchés qu'ils
commirent, de la vue éternelle et de la compagnie du Seigneur.
Leur mémoire fut rayée de son entendement, où ils étaient
inscrits, avant leur chute, avec les dons de grâce qu'Il leur avait
donnés, et ils perdirent le droit aux places qui leur étaient
destinées s'ils eussent obéi, droit qui fut transféré aux hommes.
Toutes traces des anges apostats furent effacées, de sorte qu'il
n’y eut plus aucun souvenir d’eux au ciel. O disgrâce indicible,
malheureuse méchanceté digne d'une punition aussi
épouvantable !
18. Ainsi le grand dragon fut précipité sur la terre
et ses anges avec lui. L’archange Saint Michel renversa Lucifer
changé en dragon grâce à cette parole invincible : « Qui est égal
à Dieu ? ». Elle fut si efficace, qu'elle eut le pouvoir d'abattre ce
géant hautain avec toutes ses troupes et de les précipiter, pour
leur plus grande honte, au fin fond des entrailles de la terre.
Pour son malheur et sa punition, il reçut alors les nouveaux
noms de Dragon, Serpent, Diable et Satan, que le saint archange
lui avait donné au cours de la bataille et qui expriment son
iniquité et sa malice. Puisqu’il s'était rendu indigne de la félicité
et des honneurs, il perdit aussi tous ses noms et titres
honorables et reçut en échange ceux de l’infamie. En outre, le
plan odieux, qu’il proposa à ses acolytes, de tromper et de
pervertir tous les mortels, témoigne assez de son iniquité. C’est
ainsi que celui qui prévoyait déjà d’anéantir tous les peuples se
retrouva précipité aux enfers.
A son propos, il est dit : « Mais tu as été précipité au shéol, dans
les profondeur de l’abîme, où ton cadavre fut livré au ver
dévorant de ta mauvaise conscience » (Isaïe 14,15). Tout ce que
le prophète rapporte au quatorzième chapitre de son livre
s’accomplit en Lucifer.
19. Le ciel fut ainsi purgé des mauvais anges
et le voile qui masquait la Divinité fut enlevé pour le bonheur
des anges fidèles. Ceux-ci connurent le triomphe et la gloire,
alors que les rebelles furent châtiés.
Puis, manifestant aux anges bienheureux une partie de ses
décrets, Dieu leur dit : « Lucifer a brandi les étendards de
l'orgueil et du péché, il poursuivra le genre humain avec grande
méchanceté et fureur, il pervertira beaucoup d’hommes par sa
malice, les incitant à se détruire réciproquement. A cause de
l'aveuglement que les péchés et les vices leur causeront et aussi
à cause de leur fatale ignorance, ils se rebelleront à diverses
époque. Mais l'orgueil, le mensonge et toutes les sortes de
péchés et de vices sont infiniment éloignés de notre être et de
notre volonté. Procurons donc le triomphe à la vertu et à la
sainteté. »
20. Interprétation du douzième chapitre de
l'Apocalypse (fin).
Malheur à vous, terre et mer, car le diable est descendu vers
vous dans une grande colère, sachant qu'il ne lui reste que peu
de temps. Malheur à la terre où se commettent tant de péchés et
de méchancetés innombrables! Malheur à la mer de ce que de
telles offenses envers son Créateur se commettant à sa vue, elle
n'a pas rompu ses barrières pour inonder et noyer les
transgresseurs et venger les injures à son Seigneur ! Mais
malheur surtout à l’océan sans fond de la méchanceté endurcie
de ceux qui ont suivi le diable. Il est descendu vers vous pour
vous faire la plus cruelle et la plus inouïe de toutes les guerres!
Sa rage est celle du plus fier des dragons et surpasse celle d'un
lion carnassier, car il prétend anéantir toutes choses et il lui
semble que tous les siècles à venir ne lui suffiront pas pour
assouvir son désir de vengeance. La soif et l'avidité insatiable
qu'il a de nuire aux mortels est telle que leur vie lui paraît trop
courte et, dans sa fureur, il voudrait avoir l’éternité, si c’était
possible, pour faire la guerre aux enfants de Dieu. Et surtout, il
voue une colère implacable à cette Femme bienheureuse qui
doit lui écraser la tête.
Ce voyant rejeté sur la terre, le Dragon se lança à la poursuite
de la Femme, la mère de l’enfant mâle. Quand l’antique serpent
eut réalisé dans quel lieu de perdition et dans quel état
déplorable il était tombé, il s’enflamma d'une fureur et d’une
jalousie encore plus grandes, se rongeant les entrailles comme
une bête enragée. Il conçut une telle haine contre cette Femme,
la Mère du Verbe incarné, que cela dépasse tout ce qui peut se
concevoir.
Quand Lucifer et sa cohorte démoniaque eurent fait leur
funeste entrée dans l'enfer, ils y tinrent conciliabule. Lucifer
employa alors tout son savoir et toute sa malice diabolique à
réfléchir avec les démons sur les moyens qu'ils pourraient
trouver pour offenser Dieu davantage et se venger du
châtiment dont Il les avait punis.
Leur conclusion fut que, comme ils pressentaient que Dieu
aimerait tendrement les hommes, la plus grande vengeance
qu'ils en pourraient tirer et la plus grande injure qu'ils
pourraient Lui faire serait d'empêcher les effets de cet amour,
en trompant les hommes, en les tentant et en les incitant, autant
qu’ils le pourraient, à perdre l’amitié et la grâce de Dieu, à Lui
être ingrats et à se rebeller contre sa volonté.
« Nous devons travailler à y réussir (disait Lucifer) et déployer
pour cela toutes nos forces et tous nos efforts. Nous
soumettrons les hommes à notre loi et à notre volonté pour les
pervertir, nous les persécuterons tous et nous les priverons de
la récompense qui leur a été promise. Nous voulons tout faire
pour qu’ils n’arrivent pas à voir la face de Dieu, puisque nous
en avons été privés injustement. Je remporterai de grandes
victoires sur eux, je les détruirai et je les réduirai à ma volonté.
Je ferai se répandre les hérésies, les sectes et des lois
contraires à celles du Très-Haut. Je ferai surgir parmi ces
hommes des prophètes et des chefs qui dissémineront partout
mes doctrines fallacieuses. Et pour me venger de leur Créateur,
je les précipiterai ensuite avec moi dans les flammes de l’enfer.
J'affligerai les pauvres, j'opprimerai les affligés et je persécuterai
les humbles. Je sèmerai la discorde, je provoquerai des guerres,
je susciterai des dissensions entre les peuples et je formerai des
orgueilleux et des téméraires qui répandront partout la loi du
péché. Tous ceux qui me seront soumis, je les ensevelirai dans
le feu éternel et ceux qui me seront les plus fidèles seront les
plus tourmentés. C'est en cela que consistera mon royaume et la
récompense de mes serviteurs.
Je ferai une cruelle guerre au Verbe incarné, bien qu’Il soit Dieu,
puisqu'il sera homme aussi et donc d'une nature inférieure à la
mienne. J'élèverai mon trône au-dessus du sien et ma dignité
au-dessus de la sienne, je Le vaincrai et L'abattrai par ma
puissance et par mes ruses. La femme qui doit être sa Mère
périra par mes mains. Comment une simple femme pourrait-
elle résister à ma puissance et nuire à ma grandeur? Et vous, ô
démons qui êtes insultés avec moi, suivez-moi et mettez-vous
sous mes ordres pour accomplir cette vengeance, comme vous
l'avez fait précédemment lors de votre désobéissance. Feignez
d'aimer les hommes, pour les perdre, et de les servir, pour les
détruire et les tromper. Amenez-les à se pervertir et faites-les
tomber en enfer, où je les attends. »
Il est impossible de décrire la malice et la fureur de ce premier
conciliabule que Lucifer tint dans l'enfer contre le genre
humain, qui n'existait pas encore. Tous les vices et tous les
péchés du monde furent inventés au cours de cette assemblée
chaotique et il en sortit le mensonge, les hérésies et les sectes,
ainsi que toute sorte d'iniquités. Tous ceux qui pratiquent le
mal sont les esclaves du prince des ténèbres.
21. Adam et Ève sont chassés du paradis.
L'heureux état en lequel Dieu avait créé les deux premiers
parents du genre humain dura fort peu : aussitôt qu'ils furent
créés, la jalousie du serpent, qui était comme à l'affût, s'éleva
contre eux. Lucifer ne put pas voir la formation d'Adam et
d'Ève, comme il vit celle des autres créatures dès leur
conception, car le Seigneur ne voulut pas lui manifester
l'ouvrage de la création de l'homme, ni la formation d'Ève à
partir de la côte d'Adam. Dieu lui cacha tout cela durant un
certain temps, pendant lequel ils vécurent ensemble.
Mais quand le démon vit le caractère admirable de la nature
humaine, qui surpassait tout le reste, ainsi que la beauté de
l’âme et du corps d'Adam et Ève, et quand il découvrit l'amour
paternel que le Seigneur leur portait, qui les rendait maîtres de
tout ce qui était créé et leur faisait espérer, en outre, la vie
éternelle, alors le Dragon entra dans une rage encore plus
violente et il n'y a aucune langue qui puisse exprimer la fureur
des convulsions et des troubles que cette bête féroce en conçut,
sa jalousie effrénée lui inspirant de leur ôter la vie. Il l'aurait fait
comme un lion dévorant, s'il n'eut ressenti une force supérieure
qui l'en empêchait, mais il méditait et cherchait les moyens de
les faire déchoir de la grâce du Très-Haut et de les rendre
rebelles à leur Créateur.
22. L’ignorance de Lucifer
Le Seigneur lui avait manifesté dès le commencement que le
Verbe devait s’incarner dans le sein de la très sainte Vierge,
sans lui faire savoir où ni quand ce mystère devait s’accomplir.
Il lui avait caché la création d'Adam et Ève afin qu'il
commençât dès lors à ressentir une ignorance du mystère de
l'incarnation et du moment où elle devait se produire. Or,
comme sa colère et toute son attention étaient dirigés
principalement contre le Christ et Marie, Lucifer imagina
qu'Adam était né d'Ève, qu'elle était donc sa mère et qu’il était
le Verbe incarné. Et il se sentit confirmé dans cette idée, plus il
ressentait cette force divine qui l'empêchait d’attenter à leur vie.
Mais il finit par abandonner cette idée quand il entendit les
propos qu'Adam et Ève eurent ensemble au sujet du précepte
que Dieu leur avait donné. Il se mit alors à épier les entretiens
des deux premiers parents et à sonder leurs dispositions
naturelles.
Dès lors il rôdait autour d'eux comme un lion affamé,
cherchant à s'introduire dans leurs esprits grâce à la
connaissance de leurs inclinations. Néanmoins, avant d’avoir
pu faire la lumière sur eux, il était continuellement partagé
entre la haine irréconciliable qu'il portait au Christ et à sa Mère
et la crainte qu'il avait d'être vaincu par lui. Et surtout, il
redoutait beaucoup que la Reine du ciel ne le vainquit, bien
qu'elle ne fût qu’une simple créature et non pas Dieu.
23. Considérant le précepte qu'Adam et Ève
avaient reçu,
Lucifer s’arma d'un mensonge trompeur avec lequel il résolut
de les tenter, commençant à contredire et à s'opposer par tous
ses efforts à la volonté divine. Ce ne fut pas l'homme qu'il
attaqua en premier, mais la femme, parce qu'il estima qu’elle
était d'un naturel plus délicat et plus faible. En outre, il avait
ainsi l’assurance de ne pas s’attaquer au Verbe incarné, au cas
où Adam l'eût été. Par ailleurs, il avait conçu la plus grande
haine contre elle depuis qu’il avait vu son signe dans le ciel et
que Dieu s’était servi de ce signe pour le menacer. Toutes ces
considérations l’amenèrent à s’en prendre plutôt à Ève qu’à
Adam : avant de se montrer à elle, il lui influa toutes sortes de
pensées désordonnées et de phantasmes pour la perturber,
d’une certaine manière, afin qu’elle ne soit pas sur ses gardes.
Je ne m’étendrai pas ici à décrire avec quelle violence et quelle
cruauté Lucifer entreprit de tenter Ève. Il suffit d’évoquer pour
le présent ce que les Écritures saintes en disent, à savoir qu'il
prit la forme d'un serpent pour lui parler. Ève prêta l'oreille à sa
conversation, ce qu'elle n’aurait pas dû faire puisqu'en
l'écoutant et en y répondant elle finit par le croire, puis par
transgresser le précepte divin. Pour finir, elle convainquit son
conjoint d'enfreindre ce précepte, pour son plus grand malheur
et celui de tous les autres êtres humains. Car tous perdirent
l’état de grâce que le Très-Haut leur avait accordé.
24. Quand Lucifer vit leur chute
et qu’à leur beauté intérieure, reflet de la grâce et de la justice,
s'était substituée la difformité du péché, le transport et le
triomphe qu'il en témoigna à ses démons furent indescriptibles.
Mais sa jubilation ne fut pas de longue durée, parce il fut
témoin (contre son désir et son attente) de la clémence et de
l'amour miséricordieux dont Dieu fit preuve à l'égard des
criminels. Il apprit qu’Il leur donnait la possibilité de faire
pénitence et des raisons d'espérer le pardon et le retour de sa
grâce, ce à quoi ils se disposèrent par une contrition véritable.
Lucifer vit aussi que la beauté de la grâce et l'amitié du
Seigneur leur étaient rendues, ce qui jeta de nouveau dans le
trouble tout l'enfer lorsqu’il réalisa les heureux effets de la
contrition parfaite.
Le trouble de Lucifer s’accrut encore en entendant la sentence
que Dieu proférait contre les coupables, à laquelle il ne
s’attendait pas, et surtout quand il entendit à nouveau la
menace qui lui avait été faite jadis dans le ciel : « La Femme
t'écrasera la tête ! »
25. Au moment où s’opéra le mystère de
l’incarnation du Verbe divin
Lucifer et tous les autres esprits rebelles sentirent la force du
Tout-Puissant, qui les précipita au plus profond des abîmes de
l’enfer. Ils y restèrent quelques jours prostrés dans leur
impuissance, jusqu'à ce que le Seigneur, dans sa providence
admirable, leur permit de se relever de cet abattement dont ils
ignoraient la cause.
Le grand dragon se redressa alors et se mit à parcourir le
monde pour voir s'il était survenu quelque chose de nouveau à
quoi il pût attribuer le coup imprévu qui l'avait frappé, lui et
ses acolytes. Le superbe prince des ténèbres ne voulut pas
confier cette recherche à ses seuls compagnons, mais se mit lui-
même en campagne avec eux et, explorant le monde entier avec
autant de ruse que de méchanceté, il alla partout s'enquérir des
faits pour tâcher de découvrir ce qu'il brûlait de savoir. Il
employa trois mois à cette ardente recherche, puis il dut
retourner en enfer, aussi ignorant de la vérité qu'il en était sorti
, parce que le moment n'était pas encore venu pour lui de
pénétrer les mystères divins. La méchanceté de son cœur était
d’une telle noirceur qu'il ne devait pas jouir des effets
admirables de ces mystères, ni en glorifier et bénir son Créateur
comme nous, qui devions bénéficier des fruits de la
rédemption.
L'ennemi de Dieu se trouvait toujours plus confus et tourmenté,
sans savoir à quoi attribuer son nouveau malheur : c’est
pourquoi il convoqua toutes les troupes infernales, sans
excepter aucun démon, pour délibérer sur la situation. Et, ayant
pris la première place dans cette assemblée, il leur tint ce
discours : « Vous savez bien, mes sujets, avec quelle ardeur j'ai
travaillé à me venger de Dieu, en faisant tout pour détruire sa
puissance, depuis qu'Il nous a dépouillés de la nôtre et bannis
de sa maison. Et quoique je ne puisse pas L'atteindre Lui-même,
je n'ai pas perdu un instant, je n'ai négligé aucune occasion
pour attaquer les hommes, qu'Il aime, et pour les soumettre à
ma domination. De cette façon, j'ai peuplé mon royaume grâce
à ma puissance sur les hommes, et il y a un grand nombre de
nations qui me suivent et qui m'obéissent. Tous les jours, je
gagne une quantité innombrable d'âmes que j'éloigne de la
connaissance de Dieu et de l'obéissance qu'elles Lui doivent,
afin qu'elles ne parviennent pas à jouir de ce que nous avons
perdu. Je veux au contraire les entraîner dans les supplices
éternels que nous endurons, puisqu'elles ont suivi ma doctrine
et mes traces, et j'assouvirai sur elles la haine que j'ai conçue
contre leur Créateur. Mais tout cela me parait peu de chose et je
suis encore tout étourdi de la nouvelle secousse que nous avons
ressentie. Car depuis que nous avons été chassés du ciel , il ne
nous était rien arrivé de semblable, et jamais nous n'avions été
frappés, terrassés d'une manière aussi violente : je reconnais
que ce coup a singulièrement ébranlé mes forces comme les
vôtres. Un effet aussi insolite, aussi extraordinaire, ne peut
s'expliquer que par une cause nouvelle, et le sentiment de notre
faiblesse me fait vivement craindre la ruine de notre empire.
Cette affaire requiert toute notre attention. Ma fureur persiste et
le désir de vengeance continue de me ronger. J'ai parcouru
toute la terre en examinant avec soin tous ses habitants, mais je
n'ai rien trouvé de particulier.
26. J’ai observé et persécuté toutes les femmes
vertueuses et parfaites appartenant à la race de
l'ennemie implacable
que nous avons connue dans le ciel pour tâcher de la découvrir
parmi elles, mais je n’ai trouvé aucun indice de sa naissance. Je
n'en vois aucune avec les qualités que me parait devoir
posséder la femme appelée à être la Mère du Messie. Une fille
que je craignais à cause de ses grandes vertus et que je
persécutais dans le Temple, est maintenant mariée. Ainsi elle ne
peut être celle que nous cherchons, car Isaïe a dit qu'elle serait
vierge. Néanmoins je la crains et je la déteste, car étant si
vertueuse, il pourrait bien arriver que d'elle naquit la Mère du
Messie ou quelque grand prophète. Jusqu'à présent, il ne m'a
pas été possible de me l'assujettir en aucune chose et je pénètre
moins le mystère de sa vie que celui des autres. Elle m'a
toujours résisté avec une fermeté invincible. Je la perds
facilement de vue et, quand je pense à elle, je ne puis m'en
approcher autant que de ses compagnes. Je ne parviens pas à
discerner si cette difficulté et cet oubli proviennent d'une cause
mystérieuse ou s'ils résultent du mépris même que j’ai d'une
simple femmelette. Mais j'y prendrai bien garde à l'avenir, car
elle nous a donné des ordres par deux fois, récemment, sans
que nous puissions résister à son empire ni à l'énergie
souveraine avec laquelle elle nous a chassés de personnes
possédées. Cela mérite toute notre attention et cette créature
s’est attirée mon courroux par cette seule conduite. C'est
pourquoi je jure de la persécuter et de la dompter et, à cette fin,
je demande le concours de toutes vos forces et de toute votre
malice. Car celui qui se signalera dans ce combat recevra de ma
grande puissance des récompenses considérables. »
Toute la populace infernale, après avoir écouté Lucifer
attentivement, loua et approuva ses intentions. Elle lui dit de ne
pas craindre que cette femme compromît ses succès ou ternit
ses triomphes, puisque son pouvoir était si grand qu'il avait
assujetti à son empire le monde presque tout entier.
27. Les démons délibérèrent ensuite des moyens
qu'ils prendraient pour persécuter la très chaste
Vierge Marie,
qu’ils reconnaissaient comme femme de très grande vertu et
sainteté singulière, mais pas comme Mère du Verbe incarné.
Après quoi, la Vierge Marie eut à soutenir un long combat
contre Lucifer et ses suppôts d'iniquité et elle eut souvent
l’occasion d’écraser la tête du dragon infernal.
Sans doute Dieu peut-il toujours maîtriser Satan et le garder
impuissant. Mais le Seigneur dispense toutes choses en la
manière qui convient le mieux à sa bonté infinie. C'est pour
cette raison que le Très-Haut cacha à ces esprits rebelles la
dignité de l'auguste Marie, le miracle de sa grossesse et son
intégrité virginale avant et après l'enfantement. Ils ne
reconnurent pas non plus la divinité de notre Seigneur Jésus-
Christ avec certitude avant sa mort. C’est seulement après cet
événement qu’ils découvrirent plusieurs mystères de la
rédemption sur lesquels ils s'étaient mépris. Aveuglés qu’ils
étaient par leur orgueil démesuré, ils ne purent jamais pénétrer
le mystère de l'humilité du Sauveur.
28. Lucifer cherche à contrer l’œuvre divine de la
rédemption.
A partir de l'incarnation du Verbe, Lucifer ne put plus exercer
son empire tyrannique sur le monde d’une façon aussi paisible
que dans les siècles précédents. Dès l’Annonciation, lorsque le
Verbe éternel prit chair humaine dans le sein virginal de Marie,
ce fort armé sentit tout à coup l'action nouvelle, inconnue et
énergique d'une puissance supérieure, qui le dominait et le
terrassait, comme on l'a vu plus haut. Il éprouva ensuite la
même chose lorsque l'Enfant Jésus et sa Mère entrèrent en
Égypte et la même force surnaturelle de Marie vainquit le
dragon en plusieurs autres occasions.
Le souvenir de ces événements accrut l'étrange impression qu'il
ressentit à la vue des œuvres extraordinaires que notre Sauveur
commença à opérer. Tout cela joint ensemble inspira une très
grande frayeur à l’antique serpent, qui se mit à soupçonner
l’existence dans le monde d'une nouvelle et redoutable
puissance. Cependant, le mystère de la rédemption du genre
humain lui était si bien dissimulé qu’il ne pouvait découvrir la
vérité, bien qu’il se fût démené sans cesse, depuis sa chute, pour
savoir quand et comment le Verbe éternel descendrait du ciel
pour prendre chair humaine. C'était ce que l'orgueil du rebelle
craignait le plus et c’est pourquoi il avait si souvent convoqué
ses troupes en assemblée. Troublé par ce qui leur arrivait, à lui
et à ses ministres, par le fait de Jésus et Marie, il se mit à se
demander quelle force leur permettait de le repousser et de le
soumettre.
Et comme il ne parvenait pas à découvrir le secret de tout cela,
il résolut de prendre conseil auprès de ses principaux ministres
des ténèbres, ceux qui étaient les plus consommés en ruse et en
malice, et il poussa un horrible hurlement dans l'enfer, comme
le font les démons pour communiquer entre eux. Et quand ils
furent tous assemblés, il leur dit : « Mes ministres et
compagnons, qui avez toujours suivi ma juste rébellion, vous
savez que, dans le premier état où le Créateur de toutes choses
nous avait placés, nous Le reconnûmes pour être l’Auteur de
notre existence et que nous L’honorâmes comme tel. Mais
lorsqu'il nous ordonna, malgré notre beauté et notre grandeur
quasiment divines, d'adorer et de servir la personne du Verbe
en la nature humaine qu'Il voulait prendre, nous résistâmes à sa
volonté.
29. Je savais que je devais à Dieu cet honneur,
mais comme Il voulait s’incarner en une personne humaine,
d'une nature vile et tellement inférieure à la mienne, je ne pus
souffrir de Lui être soumis et je me plaignis de ce que le Très-
Haut n’entendait pas faire pour moi ce qu'Il avait l’intention de
faire pour cet homme. Il ne nous commanda pas seulement
d'adorer le Verbe incarné, mais nous ordonna aussi de
reconnaître pour notre régente une femme qui serait une simple
créature terrestre et qu'Il choisirait pour être la mère de son Fils.
Je ressentis ces injures aussi bien que vous. Nous nous y
opposâmes et résolûmes de résister à cet ordre, et c'est pour
cela que nous fûmes mis dans le malheureux état qui est le
nôtre et condamnés aux peines que nous souffrons. Nous
connaissons ces vérités et nous les confessons avec effroi entre
nous, mais il ne faut pas le faire devant les hommes, je vous
l’interdis, afin qu'ils n’aient pas vent de notre ignorance ni de
notre faiblesse.
Mais si l’Homme-Dieu attendu et sa mère doivent causer notre
ruine, il est certain que leur venue au monde sera notre plus
cruel tourment et notre plus grand malheur. Pour cette raison,
je dois faire tous mes efforts pour l'empêcher et pour les
détruire, même s’il me faut bouleverser tout l'univers pour cela.
Vous savez combien jusqu'à présent j'ai été invincible,
puisqu'une si grande partie du monde est soumise à mon
empire et à ma volonté, trompée qu’elle est par mes ruses.
Depuis quelques années, je vous ai pourtant vus repoussés et
domptés en plusieurs occasions, je vois que vos forces
s'amoindrissent et moi-même je subis l'influence d'une
puissance supérieure, qui m'intimide et en quelque sorte
m'enchaîne. J'ai parcouru plus d'une fois avec vous tous les
recoins de la terre pour tâcher d'y découvrir le fait nouveau
auquel on pourrait attribuer cet affaiblissement et cette
oppression que nous ressentons. Je ne crois pas que le Messie
promis au peuple élu de Dieu ait paru, car non seulement nous
ne Le trouvons en aucun endroit du monde, mais aucun indice
certain ne semble annoncer sa venue. Nous ne détectons nulle
part ce bruit, cet éclat, cette pompe, qui marquerait sa présence
parmi les hommes. Néanmoins je crains que le temps de sa
venue au monde n'approche; ainsi il faut que nous déployions
toute notre activité et toute notre fureur pour les détruire, Lui et
la femme qu'Il choisira pour être sa Mère. Si quelqu'un de vous
se distingue par son zèle, je lui témoignerai une plus grande
reconnaissance. Jusqu'à présent, j’ai trouvé des péchés, et les
effets de ces péchés, en tous les hommes; je ne découvre en
aucun la majesté et la grandeur dont se revêtira le Verbe
incarné, quand Il se manifestera à eux, afin qu’ils L’adorent et
Lui offrent des sacrifices. Ce sera là la marque infaillible de son
avènement au monde et nous Le reconnaîtrons à ce caractère
distinctif de sa personne, à savoir qu’Il sera exempt du péché et
des effets que produit le péché chez les enfants d'Adam.
30. A cause de cela, ma confusion en est à son
paroxysme,
poursuivit Lucifer, car si le Verbe éternel n'est pas descendu sur
la terre, je ne puis découvrir la cause des choses insolites que
nous sentons, ni deviner de qui cette force qui nous abat peut
sortir. Qui nous a chassés de l'Égypte? Qui a renversé les
temples et ruiné les idoles de ce pays, à travers lesquelles tous
ses habitants nous adoraient? Qui nous combat maintenant en
Galilée et dans les provinces voisines, et nous empêche
d'aborder une foule de gens à l'heure de leur mort pour les
pervertir? Qui tire du péché tant d'hommes qui se soustraient à
notre juridiction et qui fait que d'autres corrigent leur vie et se
plaisent à s'entretenir du royaume de Dieu?
Si cela continue ainsi, nous serons gravement menacés et il
pourra en résulter de nouveaux tourments pour nous. Il faut
donc y remédier et chercher encore s'il se trouve dans le monde
quelque grand prophète ou saint qui a entrepris de nous
persécuter. Pour moi, je n'en ai découvert aucun à qui je puisse
attribuer un si grand pouvoir.
31. C'est seulement contre cette femme (Marie),
notre ennemie, que j'ai une haine mortelle,
surtout depuis que nous l'avons persécutée dans le Temple,
puis dans sa maison de Nazareth : car nous avons toujours été
vaincus par la force qui la protège. Sa vertu triomphant de
notre malice, elle nous a résisté avec une force invincible et je
n'ai jamais pu sonder son cœur ni la blesser en sa personne.
Cette femme a un fils (Jésus). A la mort de son père (Joseph),
elle et Jésus l’ont assisté, mais il nous fut à tous impossible
d'approcher de l'endroit où ils se trouvaient. Ce sont des gens
pauvres et méprisés et elle-même est une femmelette tout à fait
ordinaire, qui mène une vie cachée. Je crois pourtant que le fils
et la mère sont justes, car j'ai toujours tâché de les incliner aux
vices qui sont communs aux hommes, mais il ne m'a jamais été
possible d'exciter en eux le moindre des désordres et des
mouvements vicieux qui sont si ordinaires et si naturels chez
tous les autres. Je vois que le Dieu tout-puissant me cache l'état
de ces deux âmes et il y a là sans doute quelque mystère caché,
à nos dépends. Si cet homme n'est pas le Messie promis, du
moins le Fils et la Mère sont-ils justes et, par conséquent, nos
ennemis. Il n'en faut pas davantage pour que nous les
persécutions et que nous travaillions à les abattre et à découvrir
qui ils sont. Suivez-moi donc tous dans cette entreprise avec
grande confiance, car je serai le premier à les attaquer. »
Lucifer acheva par cette exhortation son long discours. Il sortit
aussitôt de l'enfer, suivi de cohortes innombrables de démons
qui se répandirent dans le monde entier, le parcoururent
plusieurs fois pour observer, avec toute la finesse de leur
malice, les justes qui y vivaient et pour les mener en tentation.
Mais notre Seigneur Jésus-Christ, en sa sagesse, dissimula
longtemps aux yeux de l'orgueilleux Lucifer et de ses acolytes
sa propre personne et celle de sa très sainte Mère, de sorte que
les démons ne purent pas les voir, jusqu'au jour où notre
Seigneur se rendit au désert et consentit à être tenté après y
avoir observé un fort long jeûne.
Le Père céleste promit que tout homme qui prononcerait les
noms de Jésus et Marie avec respect et foi obtiendrait la force
de résister aux démons.
32. Conciliabule de Lucifer avec ses démons en
enfer après la mort de notre Seigneur Jésus-
Christ
La chute que Lucifer et ses démons firent des hauteurs du
Calvaire jusqu'aux profondeurs de l'abîme fut encore plus
violente que quand ils avaient été précipités du ciel. Et quoique
ce triste endroit ait été de toujours un lieu de ténèbres, rempli
des ombres de la mort, plein d'horreur, de misère et de
tourments, il s’y produisit alors un désordre encore plus affreux
: les damnés furent saisis d'une nouvelle épouvante et eurent à
souffrir un tourment inhabituel à cause de la violence avec
laquelle les démons se jetèrent sur eux en tombant. Il est vrai
qu'ils n'ont pas le pouvoir de tourmenter les âmes dans l’enfer
selon leur volonté, en les mettant dans des lieux où les peines
sont plus ou moins grandes. C’est la puissance de la justice
divine qui règle tout cela, en fonction du degré des tords de
chacun des damnés.
Aussitôt que Lucifer eut reçu la permission de se relever, il se
mit à nouveau à concocter ses desseins orgueilleux. Il les réunit
tous et leur dit :
« Vous n'ignorez pas, vous qui avez depuis tant de siècles
embrassé mon juste parti et qui m’êtes fidèles, vous n'ignorez
pas l’injustice que je viens de subir de cet étrange Homme-Dieu.
Durant trente-trois ans, Il m'a tenu en échec, me cachant sa
nature divine et les mouvements de son âme, et Il a triomphé
de nous par la mort même que nous Lui avons procurée pour
nous en défaire. Je L'ai abhorré avant même qu'Il ait pris chair
humaine et j'ai refusé de reconnaître qu’Il était plus digne que
moi de recevoir les adorations de tous en qualité de souverain
Seigneur. Et, bien que j'aie été précipité du ciel avec vous à
cause de ce refus et revêtu de cette difformité si indigne de ma
grandeur et de ma beauté primitive, ce qui me tourmente plus
que ma déchéance, c'est de me voir si opprimé par cet Homme
et par sa Mère.
33. Dès la création du premier homme, j’ai cherché
infatigablement à détruire l’Homme-Dieu et sa
Mère,
ou, du moins, à anéantir toutes ses créatures et à obtenir que
personne ne le reconnût pour son Dieu et ne profitât de ses
oeuvres. Tous mes efforts pour y parvenir ont été vains,
puisqu’Il m'a vaincu par son humilité et par sa pauvreté, qu'Il
m'a renversé par sa patience et, enfin, qu'Il m'a privé par sa
passion et par sa mort ignominieuse de l'empire que j'exerçais
sur le monde. Cela me tourmente tellement, que si je pouvais
L'arracher de la droite de son Père où Il va s'asseoir triomphant,
et L'entraîner ensuite, avec tous ceux qu'Il a rachetés, dans les
abîmes où nous sommes, je n'en serais pas encore satisfait et ma
rage ne serait pas encore apaisée.
Est-il possible que la nature humaine, si inférieure à la mienne,
doive être autant élevée au-dessus de toutes les créatures!
Qu'elle soit si aimée et si favorisée de son Créateur qu'Il l'ait
unie à lui-même en la personne du Verbe éternel!
Pourquoi m'a-t-Il persécuté dès avant l’incarnation du Verbe
pour m’anéantir ensuite à ce point ?
J'ai toujours regardé le Verbe éternel comme mon plus cruel
ennemi. Il m'a toujours été odieux.
34. O hommes si favorisés du Dieu que j'abhorre
et si comblés des bienfaits de son ardent Amour, comment
empêcherai-je votre bonheur? Comment vous rendrai-je aussi
malheureux que moi, puisque je ne puis anéantir la nature que
vous avez reçue ?
Que ferons-nous maintenant, ô mes sujets? Comment
rétablirons-nous notre empire? Comment recouvrerons-nous
nos forces pour combattre les hommes? Comment pourrons-
nous désormais les vaincre?
Car dorénavant, à moins que les mortels ne soient tout à fait
insensibles et ingrats, à moins qu'ils ne soient plus endurcis que
nous à l'égard de cet Homme-Dieu qui les a rachetés avec tant
d'amour, il est certain qu'ils Le suivront tous à l'envi. Ils Lui
donneront leur cœur et embrasseront sa loi ; personne ne
voudra plus prêter l'oreille à nos mensonges; ils fuiront les
vains honneurs que nous leur promettons et rechercheront les
mépris ; ils s'attacheront à mortifier leur chair et reconnaîtront
le danger des plaisirs ; ils abandonneront les richesses pour
embrasser la pauvreté, qui a été si appréciée par leur Maître, et
ils dédaigneront tout ce que nous pourrons offrir à leurs sens,
pour imiter leur véritable Rédempteur. Ainsi notre royaume
sera détruit puisque personne ne viendra demeurer avec nous
dans ce lieu de confusion et de supplices ; ils acquerront tous le
bonheur que nous avons perdu ; ils s'humilieront et souffriront
avec patience et rien ne viendra plus satisfaire ma fureur et
mon orgueil.
O malheureux que je suis, quels tourments me cause ma propre
erreur! Quand j'ai tenté l’Homme-Dieu dans le désert, cela n'a
servi qu'à lui faire remporter la victoire sur moi et à donner
aux hommes un moyen efficace pour me vaincre. Si je l'ai
persécuté, il n'en a que mieux fait éclater son humilité et sa
patience. Si j'ai convaincu Judas de le livrer et les Juifs de le
crucifier avec tant de cruauté, cela n'a servi qu’à précipiter ma
ruine et le salut des hommes, et à établir dans le monde cette
doctrine que je voulais détruire. Comment Celui qui était Dieu
a-t-il pu s'humilier de la sorte? Comment a-t-il pu accepter tant
de souffrances de la part d'hommes si méchants? Comment ai-
je pu moi-même tant contribuer à rendre les fruits de la
rédemption des hommes si abondants et si admirables?
35. Comme elle est grande la puissance de
l’Homme-Dieu,
qui me cause de tels tourments et me rend si impuissant ! Et
cette femme, qui est sa Mère et mon ennemie, comment se fait-
t-il qu’elle soit si forte et invincible ? Ce pouvoir est
extraordinaire chez une simple créature. Sans doute le reçoit-
elle du Verbe éternel, à qui elle a donné la chair humaine. Le
Tout-Puissant m'a toujours fait une guerre à outrance par le
moyen de cette femme, que mon ambition m'a fait détester dès
le premier moment où son image me fut représentée. Mais si je
ne parviens pas à assouvir ma haine et à satisfaire mon
orgueil, je n'en persisterai pas moins à combattre
perpétuellement ce Rédempteur, sa Mère et les hommes. Eh
bien donc, compagnons, voici le moment de nous livrer à notre
haine contre Dieu. Approchez-vous pour conférer avec moi sur
les moyens dont nous nous servirons.
Les principaux démons répondirent à cette sinistre invitation et
encouragèrent Lucifer en lui communiquant divers desseins
qu'ils avaient couvés pour empêcher le fruit de la rédemption
chez les hommes.
36. Ils convinrent tous qu'il n'était pas possible de
s'attaquer à la personne du Christ,
de diminuer le prix infini de ses mérites, de détruire l'efficacité
de ses sacrements ou de modifier la doctrine qu'Il avait prêchée.
Néanmoins, il fallait inventer de nouveaux moyens pour
empêcher les hommes de faire leur profit des nouvelles faveurs
que Dieu souhaitait leur accorder pour leur salut et essayer de
les séduire par de plus grandes tentations. Plusieurs démons
particulièrement rusés dirent :
37. « Les hommes disposent maintenant d’une
nouvelle doctrine,
d’une loi très puissante, de nouveaux sacrements, qui sont
efficaces, d’un nouveau modèle, qui est le Maître des vertus, et
d’une puissante avocate en cette Femme extraordinaire. Mais
les inclinations et les passions de la nature humaine seront
toujours les mêmes et les choses délectables et sensibles n'ont
pas changé. Aussi devons-nous mener contre les hommes une
guerre encore plus vigoureuse, les attirer à nous par nos
suggestions et exciter leurs passions afin qu'ils se livrent à elles
entièrement, sans considérer les suites funestes que cela
entraînera. »
Après cette délibération, les démons se partagèrent en plusieurs
bandes, suivant les différents vices, et répartirent entre eux les
offices qu'ils devaient exercer pour tenter les hommes avec
toute l'astuce possible. Ils décidèrent qu'ils devaient s'efforcer
de maintenir l'idolâtrie dans le monde, mais que, si elle
disparaissait, ils feraient naître de nouvelles sectes et des
hérésies, en choisissant à cet effet les hommes les plus pervers
et les plus corrompus, qui seraient les premiers à les embrasser
et à les enseigner. C'est dans ce conciliabule infernal que furent
inventées les hérésies d'Arius, de Pélage, de Nestor et toutes
celles qui se sont produites dans le monde jusqu'à nos jours,
ainsi que celles qui apparaîtront à l’avenir. Lucifer approuva ce
système diabolique parce qu'il était contraire à la vérité divine
et sapait le fondement du salut des hommes qu’est la foi. Et il
félicita , privilégia et honora les démons qui l'avaient imaginé et
s'étaient chargés de chercher les impies capables de répandre
ces erreurs.
38. D'autres démons promirent de pervertir les
inclinations des enfants dès leur berceau et
même dès leur conception,
se chargeant d’influencer les parents dans le même sens ;
d'autres encore, de rendre les parents négligents dans
l'éducation de leurs enfants et d'inspirer aux enfants de
l'antipathie pour leurs parents. Il y en eut qui s'offrirent à
semer la division entre les époux, à leur faciliter l'adultère et
le mépris de leurs obligations réciproques et de la fidélité
qu'ils se doivent. Tous contractèrent l'engagement de propager
parmi les hommes les querelles, la haine, la discorde et la
vengeance, en les incitant au mensonge, à l'orgueil, à la
sensualité, à l'avarice et à l'ambition, et de leurs inspirer, par de
faux arguments, la haine de toutes les vertus que Jésus-Christ
leur avait enseignées.
Ils cherchèrent surtout à faire oublier aux mortels la passion et
la mort du Christ, les bienfaits de la rédemption et les supplices
éternels de l'enfer. Par tous ces moyens, les démons espéraient
que les hommes négligeraient les choses spirituelles et le salut
de leur âme.
Lucifer leur dit : « Je ne doute pas que nous obtiendrons un
succès facile sur ceux qui n'embrasseront pas la loi que le
Rédempteur a donnée aux hommes. Mais avec ceux qui la
suivront, le combat sera très dur. Néanmoins, je suis décidé à
déverser toute ma rage contre eux et à les persécuter
cruellement. Nous devons leur faire une guerre acharnée
jusqu'à la fin du monde. Je vais m’employer à semer mon ivraie
dans cette nouvelle Église, c'est-à-dire l'ambition, l'avarice, la
sensualité, les haines mortelles et tous les vices dont je suis la
source. Car une fois que les péchés se seront multipliés parmi
les fidèles, ils irriteront Dieu par leur ingratitude et L'obligeront
à leur refuser les secours de la grâce. Et lorsqu’ils auront
obstrué le chemin du salut par leurs iniquités, nous sommes
sûrs de remporter sur eux de grandes victoires.
39. Il faut aussi que nous travaillions à leur ôter la
piété et le goût de tout ce qui est spirituel et
divin,
de sorte qu'ils ne comprennent plus la valeur des sacrements ou
qu'ils les reçoivent sans s'être purifiés de leurs péchés ou, du
moins, sans dévotion. Car, ces bienfaits étant de nature
spirituelle, il est indispensable de les recevoir avec ferveur pour
en recueillir le fruit. Et si les mortels méprisent leur remède, ils
feront peu de choses pour leur salut et résisteront moins à nos
tentations. Ils ne remarqueront pas nos mensonges, ils
oublieront les faveurs célestes, méconnaîtront la mémoire de
leur Rédempteur et dédaigneront l'intercession de sa Mère.
Cette profonde ingratitude les rendra indignes de la grâce et
leur Dieu et Sauveur sera trop irrité pour la leur accorder. Je
veux que tous vous secondiez mon entreprise et que vous y
apportiez tous vos soins, sans perdre ni temps ni occasion
d'exécuter ce que je vous commande. »
40. Il n'est pas possible d'exposer tout
ce que Lucifer et ses ministres résolurent, en cette occasion,
d’entreprendre contre la sainte Église et ses enfants, pour tâcher
d'absorber « les eaux du Jourdain » (Job 40, 23). Il nous suffira
de dire que cette conférence dura presque une année entière
après la mort de Jésus-Christ, afin de considérer dans quel état
se trouvait le monde avant et après cette précieuse mort. Et si
elle ne suffit pas pour ramener les mortels dans le chemin du
salut, cela montre bien l'étendue du pouvoir de Lucifer et
l'acharnement de sa haine contre les hommes, si bien que nous
pouvons dire avec saint Jean :
« Malheur à la terre, car le diable est descendu chez vous,
frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés » (Ap
12,12).
41. Mais, hélas! Faut-il que les hommes
d’aujourd’hui aient perdu, pour leur plus
grand mal, le souvenir de ces vérités si
importantes !
Notre ennemi est rusé, cruel et vigilant, et nous restons
cependant les bras croisés! Doit-on s'étonner que Lucifer soit
devenu si puissant dans le monde, quand tant de gens
l'écoutent, l'accueillent et croient à ses mensonges, et que si peu
lui résistent. C’est qu'ils ne songent pas à la mort éternelle que
cet implacable ennemi cherche à leur procurer.
42. Les saintes Écritures et les écrits des pieux
docteurs
témoignent de la malice et de la cruauté vigilantes avec
lesquelles les démons persécutent les membres de la sainte
Eglise, s’efforçant de les entraîner, si c’était possible, dans les
tourments éternels. Nous savons aussi, par les mêmes Écritures,
combien le pouvoir infini du Seigneur nous défend, afin que, si
nous voulons nous prévaloir de sa protection invincible et
coopérer avec la Grâce, nous marchions en sûreté jusqu’à ce que
nous soyons parvenus au bonheur éternel qu’Il nous a préparé
par les mérites de notre Sauveur Jésus-Christ. Saint Paul dit que
notre espérance n’est pas vaine et Saint Pierre ajoute, après
nous avoir invités à décharger toutes nos inquiétudes sur le
Seigneur : « Soyez sobre et veillez, car le démon, votre ennemi,
rôde autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui
dévorer » (1 P 5,8).
Ces avis et d’autres mises en garde sont valables pour tous les
hommes. Par tous ces avertissements et par leur expérience
quotidienne, les enfants de l’Église pourraient se faire une juste
idée des ruses et des machinations que les démons emploient
pour nous perdre. Cependant, les hommes charnels ne prêtent
attention qu’à ce qui frappe les sens, vivent dans une fausse
sécurité et ignorent la cruauté secrète avec laquelle Satan les
pousse à leur perte. Ils ignorent aussi la protection que leur
procure le Seigneur et, dans leur aveuglement, ils ne
reconnaissent pas plus les bienfaits divins qu’ils ne craignent le
péril de l’enfer. Plongés dans une léthargie effroyable, ils ne
sentent pas leur propre mal et n’ont pas compassion d’eux-
mêmes.
43. Pour tirer de ce funeste sommeil ceux qui liront
cette histoire,
j’ai appris du Seigneur que j’avais reçu, en tout ce que j’ai écrit,
une lumière particulière qui m’a découvert les conciliabules
secrets et pleins de méchanceté qu’ont tenus et que tiennent
encore les démons contre les mystères de Jésus-Christ, contre
l’Église et contre ses enfants.
Cette inimitié de Lucifer et de ses démons est aussi ancienne
que leur désobéissance. La colère et la cruauté de Lucifer contre
les hommes sont à la mesure de son orgueil vis-à-vis de Dieu,
depuis qu’il a appris au ciel que le Verbe éternel voulait
prendre chair humaine et naître de la Femme qu’il vit revêtue
du soleil. Comme il ne peut exercer sa haine contre le Seigneur,
il l’assouvit en s’acharnant sur les œuvres de sa toute-
puissance. Et comme encore le démon, du fait de sa nature
angélique, s’attache obstinément à ce que sa volonté a une fois
décidé, sans jamais lâcher prise, il ne saurait cesser de
persécuter les hommes, quoiqu’il le fasse par différentes
méthodes. Il change de ruses, mais pas d’intention, et sa haine,
au contraire, s’est accrue et croît encore au fur et à mesure que
Dieu accorde ses faveurs aux justes et aux saints de son Église.
44. Mais comme notre ennemi est un esprit
intelligent, qui ne se lasse jamais dans ses
opérations,
il est si diligent à nous persécuter, qu’il commence ses
poursuites dès le début de notre existence dans le sein de notre
mère et les continue jusqu’à ce que l’âme se sépare du corps.
Ainsi nous expérimentons ce que disait Job, que la vie de
l’homme sur la terre est un combat perpétuel. Ce combat ne
consiste pas seulement en ce que nous sommes conçus dans le
péché originel et que nous venons au monde avec une
concupiscence rebelle et des passions déréglées, qui nous
inclinent au mal. Indépendamment de notre disposition à la
rébellion, le démon, pour nous combattre, se sert de toutes ses
ruses et du pouvoir que nous lui donnons, et aussi de nos sens,
de nos puissances, de nos inclinations et de nos passions.
Il tâche encore par tous les moyens de nous ravir la vie et de
nous empêcher d’obtenir le salut éternel. Il ne laisse passer
aucune occasion de nous pervertir et de nous nuire, afin de
nous faire perdre la grâce, et ceci dès l’instant de notre
conception jusqu’à la dernière heure de notre vie, qui est celle
qui termine aussi notre combat.
Ces attaques du démon se dirigent surtout contre les enfants de
l’Église.
45. Aussitôt que les démons perçoivent le fait de la
conception naturelle d’un enfant,
ils observent en premier lieu l’intention des parents, s’ils sont
en état de péché ou en état de grâce, et s’ils ont abusé ou non de
leurs facultés sexuelles.
Puis ils étudient les tendances naturelles des parents, car ils les
communiquent généralement à leurs enfants. A partir de ces
données et grâce à leur longue expérience, ils tirent des
conclusions sur la complexion et les inclinations de l’enfant à
naître, et font de savants pronostics sur son avenir.
Si ces pronostics sont favorables pour les enfants, ils font tous
leur possible pour empêcher qu’ils ne viennent au monde et
reçoivent le baptême. De cette façon, ils finiraient aux limbes,
où ils seraient privés éternellement de la vision de Dieu.
En ce qui concerne les infidèles et les idolâtres, les démons ne
prennent pas tant de peine parce qu’ils sont assurés de la
damnation des enfants et de celle de leurs parents.
46. Le Très-Haut a garanti aux hommes de diverses
manières sa protection pour les défendre contre
cette méchanceté du dragon.
La manière commune est celle de sa providence générale, par
laquelle il gouverne les causes naturelles, afin qu’elles aient
leurs effets au moment convenable, sans que la puissance des
démons puisse les arrêter ou les perturber. A cet effet, le
Seigneur a limité leur pouvoir. S’Il les laissait libres d’exercer
leur méchanceté implacable, ils sèmeraient le chaos sur terre.
Mais la bonté du Créateur ne le permet pas.
Les démons, ses ennemis déclarés, ne remplissent dans
l’univers que le rôle de vils bourreaux dans une société bien
organisée et, même en cela, ils ne font que ce qui leur est
ordonné ou permis. Et si les hommes dépravés ne coopéraient
pas avec ces ennemis, accueillant leurs mensonges et
commettant des fautes dignes de châtiment, l’ordre établi
dans toute la nature se maintiendrait. Les causes générales et
particulières produiraient leurs effets propres et il n’arriverait
pas, parmi les fidèles, tant de malheurs en tout genre, de
mauvaises récoltes, de maladies, de morts subites et autres
maux.
Beaucoup de maladies congénitales, qui affectent les enfants
dès leur naissance, sont dues aux désordres et aux péchés des
hommes. Nous donnons nous-mêmes des armes au démon
pour nous combattre et nous méritons d’être châtiés par sa
malice, puisque nous nous livrons à lui.
47. En plus de cette providence générale, nous
jouissons de la protection particulière des
saints anges.
Cette protection commence dès le sein de notre mère et dure
jusqu’au moment où notre âme comparaîtra devant le tribunal
de Dieu, pour être traitée selon ses mérites. Dès l’instant de la
conception d’un enfant, le Seigneur ordonne aux anges de
protéger et l’enfant et la mère. Plus tard, Il assigne à l’enfant un
ange particulier pour sa garde.
On ne saurait exprimer avec quelle malice et quel soin les
démons tâchent de pervertir les hommes et de les faire tomber
dans quelque péché aussitôt qu’ils ont l’usage de la raison.
48. Ils s’efforcent de les accoutumer dès leur
enfance à toutes sortes d’actes vicieux, en leur
faisant entendre et voir des choses qui portent
au mal et en incitant les parents à négliger les
précautions nécessaires pour préserver leurs
enfants en leur jeune âge.
A cette époque, tout ce qui frappe leurs sens s’imprime en leur
âme comme dans une cire molle et c’est par là que le démon
influence leurs inclinations et leurs passions. Et quand il les a
fait tomber dans quelque péché, il prend incontinent possession
de leur âme et acquiert un nouveau droit sur eux pour les
attirer vers d’autres vices.
49. Les soins que prennent les saints anges
d’écarter de nous tous ces dangers et de nous
défendre du démon ne sont pas moins grands.
Ils envoient souvent aux parents de saintes inspirations, qui les
incitent à veiller à l’éducation de leurs enfants, à les instruire en
la loi de Dieu, à les former à la pratique de la charité chrétienne
et aux formes de dévotion, à les éloigner des occasions de faire
le mal et enfin à les accoutumer à l’exercice des vertus.
Ils envoient aussi de saintes inspirations aux enfants à mesure
qu’ils avancent en âge et ont de grandes disputes avec les
démons à cause de cette protection : car les malins esprits
allèguent contre les enfants tous les péchés des parents et les
actes répréhensibles des enfants eux-mêmes. Même lorsque ces
actes ne sont pas de véritables péchés, les démons disent qu’ils
sont leur oeuvre à eux et qu’ils ont le droit de continuer cette
oeuvre dans les âmes des enfants. Et lorsque les enfants
arrivent à l’âge de raison et commencent à pécher, les démons
redoublent leurs efforts pour empêcher les anges de tirer leurs
protégés du péché.
50. De leur côté, les anges allèguent les vertus des
parents et des ancêtres des enfants,
ainsi que les bonnes actions de ces derniers. S’ils n’ont fait que
prononcer le nom de Jésus ou de Marie lorsqu’on le leur a
appris, ils l’allèguent pour les défendre, disant qu’ils ont
commencé à honorer le saint nom du Seigneur et celui de sa
Mère. Et s’ils ont d’autres dévotions, s’ils savent et récitent les
prières chrétiennes, les saints anges s’en servent encore et se
prévalent de tout cela comme d’armes propres à l’homme pour
le défendre du démon. Car, par chaque bonne oeuvre que nous
faisons, nous lui ôtons quelque chose du droit qu’il a acquis sur
nous par le péché originel et, a fortiori, par les péchés actuels.
51. Quand l'homme est parvenu au plein usage de
la raison, le combat entre les anges et les
démons augmente encore d’intensité.
Car, dès que nous avons commis un péché, le dragon infernal
redouble de fureur pour nous faire perdre la vie avant que nous
n’ayons fait pénitence, afin que nous soyons damnés. Si les
hommes pouvaient voir toutes les embûches que le démon leur
dresse à cause de leurs propres péchés, ils marcheraient tous en
tremblant à chaque pas.
Mais, ignorant les périls où ils sont, ils vivent dans une fausse et
trompeuse sécurité. C'est pourquoi il est dit qu’il y a beaucoup
d'appelés, mais peu d'élus. A mesure que les hommes
multiplient leurs péchés, le démon acquiert de nouveaux droits
de possession sur leurs âmes et, s'il ne peut leur ôter la vie, du
moins les traite-t-il comme de vils esclaves. Il s’enorgueillit de
ce qu'ils lui appartiennent chaque jour davantage et de ce qu'ils
le veulent bien eux-mêmes, alléguant qu'il n'est pas juste de les
lui enlever ni de les secourir, puisqu'ils n'en profitent pas, ni de
leur appliquer les mérites de Jésus-Christ, puisqu'ils les
méprisent, ni l'intercession des saints, puisqu'ils les oublient.
Tels sont les moyens, entre autres, que le démon utilise pour
empêcher ceux qu’il considère comme siens de mettre le temps
de la pénitence à profit. Et s'il n’y parvient pas, il tâche de les
détourner des voies par lesquelles ils peuvent arriver à la
justification. Toutefois, jamais une âme n'est privée de la
protection divine ni du secours des saints anges, qui nous
préservent maintes fois du péril de la mort. Cette vérité est telle,
qu'il ne se trouve pratiquement pas d’homme qui ne l'ait
éprouvée au cours de sa vie.
52. Les anges ne cessent de nous venir en aide par
ce qu’ils nous inspirent ou par leurs mises en
garde.
Ils se servent des causes naturelles et d’autres moyens
convenables pour nous avertir des malheurs dont nous sommes
menacés et nous inciter au bien.
Les ennemis emploient aussi toute leur malice pour porter les
hommes à multiplier leurs péchés, afin que la mesure de leurs
iniquités soit bientôt comble, que leur vie soit écourtée, et avec
elle le temps de la pénitence, et qu’ils puissent les précipiter
dans leurs tourments. Les saints anges, qui se réjouissent de la
conversion du pécheur, mais ne peuvent pas la lui procurer
malgré lui, s'efforcent autant qu'ils le peuvent de détourner les
enfants de l'Église de leurs désordres. Et s’ils n’y parviennent
pas, ils en appellent alors à l'intercession de la très sainte Vierge
Marie et la prient de s'interposer comme médiatrice auprès du
Seigneur et de se charger de mettre en fuite les démons.
Néanmoins, la jalousie qu'ils éprouvent envers les hommes de
ce qu'ils peuvent arriver à la jouissance de Dieu et la fureur
avec laquelle ils désirent les priver de ce bonheur l'emportent,
chez les démons, sur la honte de la défaite et les poussent à
nous persécuter jusqu'à la fin de notre vie. Il m'a été révélé que,
si les hommes n'avaient pas offensé la divine miséricorde
d'une manière si excessive par leurs péchés, Dieu userait plus
souvent de sa toute-puissance pour défendre bien des âmes,
notamment par des interventions miraculeuses. Il en userait
surtout en faveur du corps mystique de l'Église, en déjouant
les complots que trame l'enfer pour perdre la chrétienté,
comme nous le voyons de nos propres yeux en ces temps
malheureux.
Mais nous ne méritons pas que la puissance divine nous
défende. Car nous provoquons tous la justice du Seigneur : le
monde s'est allié à l'enfer et Dieu permet qu'il se soumette à sa
tyrannie parce que les hommes s'obstinent, dans leur
déplorable aveuglement, à rivaliser de folie entre eux.
53. Cette protection du Très-Haut éclata en la
conversion de saint Paul.
Jusqu'au moment où il se mit à persécuter l'Église, sa vie se
déroula au milieu de divers événements sur la portée desquels
le démon se méprit. Mais Lucifer l'observa dès sa conception,
sonda son caractère et fut préoccupé du soin avec lequel les
anges le protégeaient. Leur sollicitude excita sa haine et lui fit
chercher les moyens de le faire périr dans ses premières années.
Ce dessein ayant échoué, il tâcha, à l’inverse, de lui conserver la
vie quand il le vit persécuter l'Église.
Dès lors c’est en vain que les anges essayèrent de faire revenir
Saul de son égarement. Mais notre puissante Reine accourut à
son secours, regardant cette cause comme la sienne propre.
Grâce à elle, Jésus-Christ déploya sa force divine et l'arracha
des griffes du dragon : dès que Jésus-Christ apparu, le diable
fut confondu et précipité dans l'abîme, avec tous les démons
qui accompagnaient Saul sur la route de Damas.
54. En cette occasion, Lucifer et ses suppôts
sentirent la force invincible de la toute-
puissance divine.
Ils en furent tellement accablés et terrifiés que, pendant
plusieurs jours, ils restèrent prostrés au fond des enfers. Mais,
aussitôt que le Seigneur leur eut ôté les lumières qu'il leur avait
données pour les confondre, ils se mirent à nouveau à fomenter
un plan de vengeance.
Ayant convoqué les autres démons, Lucifer leur adressa ces
paroles : « Comment ma fureur pourrait-elle s’apaiser vu les
outrages que je reçois chaque jour de ce Verbe incarné et de
cette femme qui l'a conçu et enfanté ? Où est maintenant ma
force? Où est ma puissance ? Où est ma colère? Où sont les
triomphes que j'ai remportés sur les hommes, depuis que sans
raison Dieu m'a précipité des cieux dans cet abîme? Il semble,
mes amis, que le Tout-Puissant veuille fermer les portes de
l’enfer et ouvrir celles du ciel, de sorte que notre empire sera
détruit et que mon désir d'entraîner tous les hommes dans nos
tourments ne pourra être assouvi.
Si Dieu fait tant de merveilles en leur faveur, après les avoir
rachetés par sa mort, s'Il leur témoigne tant d'amour, s'Il les
attire dans son amitié avec tant de force et de prodiges, ils se
laisseront sans doute convaincre, fussent-ils aussi insensibles
que les bêtes féroces, et eussent-ils un cœur aussi dur que le
diamant. Ils l'aimeront et le suivront tous, sinon ils sont plus
rebelles et plus obstinés que nous. Quelle âme sera assez
stupide pour ne pas se montrer reconnaissante envers cet
Homme-Dieu, qui souhaite lui procurer sa propre gloire avec
tant de tendresse?
Saul était notre ami, l'instrument de mes desseins, soumis à ma
volonté et à mon empire, ennemi du Crucifié, et je lui réservais
les tourments les plus cruels dans cet enfer. Pourtant il me l'a
arraché des mains lorsque je m'y attendais le moins et, de son
bras fort et puissant, il a élevé ce petit homme terrestre à une
grâce et à des faveurs si sublimes que nous-mêmes, ses
ennemis, nous ne pouvons nous défendre d'une espèce
d'admiration.
55. Qu'est-ce qu'a fait Saul pour mériter un
bonheur si extraordinaire?
N'était-il pas à mon service, exécutant mes ordres et bravant
Dieu lui-même? Or, si Dieu a été si généreux envers lui, que ne
le sera-t-Il pas envers de moindres pécheurs! Même s’Il n’opère
pas leur conversion par d'aussi grands prodiges, Il les appellera
et les attirera à Lui par le baptême et les autres sacrements. Cet
exemple si rare Lui suffira pour attirer le monde entier. Moi qui
prétendais me servir de Saul pour détruire l'Église, voilà qu’il la
défend maintenant avec un intrépide courage ! Faut-il que je
vois la vile nature humaine élevée à la félicité et à la grâce que
j'ai perdues et qu’elle entre dans les cieux d'où j'ai été chassé?
La colère que j’en ressens me tourmente plus que le feu qui
m’entoure de toutes parts. J'enrage de ne pouvoir m'anéantir.
Pourquoi Dieu ne le fait-il pas et me condamne-t-Il à un pareil
supplice?
Mais dites-moi, mes sujets, que ferons-nous contre ce Dieu si
puissant? Nous ne pouvons rien contre Lui, mais nous
pouvons nous en venger sur les hommes qu'Il aime tant.
Bravons donc sa volonté et faisons échouer ses plans. Et comme
ma grandeur est plus que jamais irritée contre cette femme
notre ennemie, qui lui a donné chair humaine, je veux de
nouveau essayer de la détruire et de me venger de l'injure
qu'elle nous a faite en nous ôtant Saul et en nous jetant dans cet
enfer. Je ne prendrai pas de repos avant de l’avoir vaincue. Je
jure donc de tourner contre elle tous les artifices que j'ai
inventés contre Dieu et les hommes, depuis que j'ai été précipité
dans cet abîme. Suivez-moi tous pour m'aider à exécuter ma
volonté. »
Quelques démons répondirent en ces termes : « Notre chef,
nous sommes prêts à vous obéir, sachant combien cette femme,
notre ennemie, nous opprime et nous tourmente. Mais nous
avons tout lieu de craindre qu'elle nous résiste à elle seule et
fassent échouer tous nos plans et tous nos efforts. Car nous
avons vu en d'autres circonstances combien elle nous est
supérieure. Ce qui la touchera le plus sensiblement, ce sera que
nous entreprenions quelque chose contre les imitateurs de son
Fils, parce qu'elle les aime comme une mère et en prend le plus
grand soin. Il faut donc que nous nous mettions tous en même
temps à persécuter les fidèles et, ensuite, vous tournerez toute
votre colère contre cette femme. » Lucifer approuva ce conseil et
témoigna sa reconnaissance envers ceux qui l'avaient proposé.
Tous résolurent de s’employer à détruire l'Église.
56. Enseignement de la Reine du ciel
Ma fille (Maria d’Agreda), il est impossible de décrire la
jalousie, la méchanceté et la perfidie de Lucifer et de ses
démons à l’égard des hommes. Ils font tout pour empêcher les
bonnes oeuvres que les hommes veulent faire et s’efforcent, par
la calomnie, d’en dénaturer le caractère et d’en détruire les
effets. Quant aux oeuvres mauvaises, leur malice en invente
toujours de nouvelles qu’ils cherchent à inspirer aux âmes.
On ne saurait compter ceux que j'ai délivrés des griffes du
dragon infernal pour avoir eu une certaine dévotion envers
moi, n'eût-elle abouti qu'à réciter un seul Ave Maria, ou à
prononcer une seule parole en mon honneur et pour
m'invoquer. Ma charité envers les hommes est si grande que,
s’ils avaient recours à moi à temps et avec sincérité, il n'en
périrait aucun.

Note
Il convient de relever la différence notable qui existe entre la dévotion et
l’adoration. Nous reconnaissons et honorons la Sainte Vierge comme notre
avocate auprès du bon Dieu et comme dispensatrice de toute grâce. Mais
nous adorons Dieu seul.





Postface
Certains milieux considèrent que l’histoire rapportée ci-dessus
ne repose que sur des révélations privées, qu’il est de bon ton
de mésestimer et de considérer comme indignes d’être
divulguées au public. Et pourtant, il est important que
l’humanité prenne conscience de leur contenu afin que la
lumière divine puisse éclairer nos ténèbres.
La raison pour laquelle il importe de faire connaître justement
cette partie de la Vérité est que la plupart des gens ne se sont
toujours pas rendus compte, malgré tous les malheurs qui se
sont produits, des véritables causes du mal sur terre. Il s’ensuit
qu’ils ne peuvent toujours pas en tirer les conclusions qui
s’imposent.
Trop de personnes sont obnubilées par leur propre « ego » et le
monde qui les entoure. L’aveuglement qui en résulte les
empêche de croire et de reconnaître que ce qui les attend, après
leur court passage sur terre, est rien moins que l’éternité.
Il est admis que la révélation divine fondamentale a pris fin
avec l’achèvement de la rédaction de l’Ecriture sainte. Mais
puisque l’humanité a fait fausse route et se trouve, de ce fait, en
grand danger, peut-on faire à Dieu interdiction de ramener les
hommes sur le droit chemin grâce à des révélations
supplémentaires ?
L’origine du mal que Satan a introduit sur terre est,
incontestablement, la séparation d’avec Dieu, qui est liée au
non-respect de ses commandements.
Il n’existe que deux possibilités:
Ou l’on croit en Dieu et observe ses préceptes, ou l’on accepte
de périr pour avoir voulu suivre ses propres lois.
Vouloir faire en tout sa propre volonté est source de malheur,
alors que l’adaptation et la soumission au vouloir divin garantit
le salut. Les hommes qui ont orienté leurs recherches et leurs
travaux uniquement dans la perspective de ce monde qui passe
se sont engagés dans la mauvaise direction. Cette fâcheuse
évolution a de graves conséquences qui sont de plus en plus
apparentes. La voie à suivre n’est pas tant matérielle que
spirituelle.
Les fruits du travail matériel sont condamnés à disparaître à
tout jamais si le but poursuivi n’est pas de faire le bien pour
répondre à la volonté divine.
Par contre, les valeurs spirituelles et qualités que l’on avait
coutume autrefois d’appeler « vertus » ne peuvent se perdre car
elles sont parties intégrantes de l’âme immortelle.
Lorsqu’elle aura surmonté toutes les épreuves, l’âme trouvera
la paix pour l’éternité, ainsi que la joie et la béatitude célestes,
qui ne passeront pas.
L.W. Janvier 2007